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"Le mouvement, le jeu, le son ; dans l’idée, toujours, de donner du corps à l’Histoire.
Tel un équipage, nous faisons le pari de nous coordonner et de partager les tâches artistiques entre un chorégraphe, un metteur en scène circassien, un compositeur.

Dans ce spectacle aux contours historiques, nous exploitons les techniques corporelles (cirque, danse, clown...) pour ce qu’elles offrent d’abstraction et d’universalité. Aucune performance ne naîtra d’une technique isolée mais, à plusieurs, d’un art du dé- placement, du parcours, de l’esquive et de ses figures improbables, agencements et combinaisons. S’inspirant de la réalité de la vie en mer, nos gaillards, tels des acrobates de la hauteur, de l’agilité, du risque jouent une intense partition mais « l’air de rien ». Puisque peu de choses sortent de la tâche quotidienne, pas de gloire pour le mousse qui se fraye un chemin à trente mètres au-dessus du pont dans des cordages en mouvement... Ces corps mis à rude épreuve, traversant des états physiques et énergétiques extrêmes sont aussi dans un rapport psychologique constant au vertige, au défi, au risque. Vivacité, puissance, agilité sont matières à création (tout autant que ce qui peut altérer ces qualités : l’attente, la fatigue, la soif et la faim, la blessure).

Le personnage de la pièce est le groupe. Chaque individu qui constitue ce groupe a un “type“ d’être, des éclats “d’âme“ mais ce qui est traité avant tout c’est le rapport au corps social. Sans faire l’impasse sur la force de caractère de ces pirates, nous voulons faire ressortir “la force des choses“ qui produit par exemple l’idée que la liberté est compatible avec un “membre“ en moins. C’est pourquoi nous tenons à reconstituer l’acte fondateur du groupe, ici une mutinerie. Chaque personnage partage avant tout cette “force des choses“ et personne n’est sur le pont d’un bateau pirate par hasard. Mais cet équipage de pirates est aussi formé d’une multitude de destins différents ; autant de rites, de langages, de plats, de danses, de styles vestimentaires, de philosophie, de mœurs et autant de styles de communication, de fêtes, de débats...nous aurons ainsi droit à des postures individuelles plus ou moins démarquées du groupe selon leur background et leur rapport social sur le bateau.

L’expression artistique sera bigarrée. à partir notamment du soundpainting (répertoire de signes pour composer en temps réel), nous construisons un jeu de langage entre la musique, la danse, l’acrobatie, le clown, la comédie. Ce répertoire gestuel fait écho au langage que devaient trouver, pour se comprendre en toute situation, des hommes de toutes cultures. En imaginant un bourgeois français, un Yoruba du Nigeria, un vieux loup de mer anglais, un Batave un peu énervé et ainsi de suite, on est amené à imaginer un rapport au mouvement sociologiquement et culturellement très vaste.

Pour déployer dans d’autres sens et donner à entendre au-delà de ce qui est écrit et de ce qui se voit, la composition sonore est une partition qui à la manière d’une pièce radiophonique agence plusieurs matières et intentions : des silences, des bruits et bruitages, de la musique live ou des samples, témoignages en voix off... Affaire de cadence... et d’humeur, des joutes physiques et pas de danses traditionnelles se mêlent au rythme d’une musique hybride (sans reconstruire la musique de l’époque ethnomusi- cologiquement parlant, nous puisons dans l’énergie du blues et du rock et autres musiques pirates à leurs heures tant leur émergence fut une alternative au mainstream musical).

Nous avons réuni, pour leurs pluricompétences, cinq acteurs-musiciens (rappeur, bonimenteur, clowns...), un clown-acrobate, un danseur, deux acrobates (mât chinois, voltige). Une distribution hétéroclite de parcours sociaux et professionnels, d’origines géographiques et culturelles, de corps, corpulences, rythmes, musicalités..."